Le Sénat a récemment publié le rapport Romani sur la cyberdéfense:
Ce document permet de se faire une idée plus précise du contexte international, et des capacités française en matière de cyberguerre:
Le rapport commence par rappeler les cyberattaques dont a été victime l’Estonie, alors “qu’une vive tension diplomatique”1l’opposait à la Russie.
Puis, en septembre 2007, c’est au tour de la France, des Etats-Unis, du Royaume-Uni, de l’Allemagne, et de la Nouvelle-Zélande de subir des attaques ciblées en provenance de la “Chine sans qu’il soit possible d’en établir précisément l’origine”2.
Le rapport constate ensuite la faiblesse des moyens de défense de la France par rapport à la Grande Bretagne et à l’Allemagne: “les 110 agents de la DCSSI devant être comparés aux 450 agents du service britannique et aux 500 agents du service allemand, soit un rapport d’environ 1 à 5 entre la France et ses deux principaux partenaires européens.”
Un lien est fait entre cyberdéfense et le plan de lutte contre la cybercriminalité3 de la ministre de l’intérieur française, Michèle Alliot-Marie . Ce plan de lutte prévoit:
- au niveau national: des adaptations législatives ou réglementaires permettant de mieux identifier les utilisateurs d’internet, notamment en matière de conservation des données de connexion, et la possibilité, sous le contrôle de l’autorité judiciaire, de capter à distance les données numériques se trouvant sur un ordinateur.
- à l’échelle européenne: d’établir des accords permettant la perquisition informatique à distance sans qu’il soit nécessaire de demander au préalable l’autorisation du pays hôte du serveur.
Le Sénateur Ramoni préconise donc le développement des moyens français, défensifs, mais aussi offensifs : “En prévoyant la création d’une agence interministérielle chargée de la sécurité des systèmes d’information, l’acquisition d’une capacité centralisée et permanente de surveillance et de détection des attaques informatiques, ainsi que le développement de capacités de lutte informatique offensive, le Livre blanc pose les bases d’un indispensable renforcement des réponses, aujourd’hui très insuffisantes, que nous apportons à une réalité déjà inquiétante.”
Aux Etats-Unis, l’US Air Force avait déjà créé un cybercommandement en septembre 20074 .
Le livre blanc 20085 précisait déjà que ” la multiplication des tentatives d’attaques menées par des acteurs non étatiques dans les quinze ans à venir constitue une certitude, alors que « plusieurs pays ont déjà défini des stratégies de lutte informatique offensive et se dotent effectivement de capacités techniques relayées par des pirates informatiques ». Le Livre blanc juge que des tentatives d’attaques étatiques dissimulées sont hautement probables et que des actions massives menées ouvertement sont également plausibles.“
- Au printemps 2007, alors qu’une vive tension diplomatique l’oppose
à la Russie, l’Estonie est victime d’une attaque massive contre les sites internet du gouvernement, des banques et des opérateurs téléphoniques. Leur fonctionnement est altéré durant plusieurs semaines, provoquant d’importantes perturbations dans un pays où les communications électroniques
sont particulièrement utilisées dans la vie courante. [↩] - en septembre 2007, les autorités françaises révèlent que des services de l’Etat ont fait l’objet d’attaques ciblées visant à s’introduire dans leurs systèmes d’information, vraisemblablement à des fins d’espionnage. Ces tentatives proviennent de Chine sans qu’il soit possible d’en établir précisément l’origine. Plusieurs autres pays – Etats-Unis, Royaume-Uni, Allemagne, Nouvelle-Zélande – font eux aussi état d’attaques analogues ayant touché leurs systèmes
gouvernementaux sur la même période. [↩] - Le plan de lutte contre la cybercriminalité annoncé au mois de février 2008 par Mme Michèle Alliot-Marie, ministre de l’intérieur, qui en a fait l’une de ses priorités, comporte des dispositions pouvant intéresser les atteintes à la sécurité des systèmes d’information gouvernementaux ou sensibles, même s’il vise essentiellement la délinquance sur l’internet. [↩]
- Enfin, on sait que l’armée américaine est dotée d’une doctrine intégrant la lutte informatique défensive comme la lutte informatique offensive. L’annonce par en septembre 2007 de la création d’un « cyber-commandement » en a fourni l’illustration, mais la coordination des capacités dispersées dans les différentes armées ne semble pas encore être
optimale. [↩] - En présentant le Livre blanc le 17 juin dernier, le Président de la République a annoncé que face aux attaques informatiques, la France serait dotée « de capacités défensives et offensives, qui concernent aussi bien toutes les administrations que les services spécialisés et les armées ».
On peut parler de capacités offensives dès lors qu’il ne s’agit plus de protéger le système attaqué, mais d’identifier l’adversaire, de mettre à jour son mode opératoire, de le neutraliser, voire de lui appliquer des mesures de rétorsion.
En ce qui concerne la référence aux capacités offensives, il convient de distinguer la compétence générale qui revient aux services de renseignement et la mise en place de capacités spécifiquement militaires.
S’agissant des services de renseignement, le Livre blanc prévoit un développement des capacités techniques consacrées au réseau internet, « devenu crucial pour notre sécurité ». Le renforcement des moyens techniques devrait s’accompagner d’une augmentation du nombre de techniciens et d’experts spécialisés dans ce domaine.
Votre rapporteur estime également qu’un cadre juridique devra être défini pour autoriser des « perquisitions informatiques » facilitant les investigations sur les agresseurs. [↩]

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